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Ausone (v. 310-v. 395) |
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Notice1° Edition originale : Les Epigrammes d'Ausone, traduites du latin, accompagnées et suivies de quelques remarques et d'une bibliographie des œuvres d'Ausone, par Charles Verrier et précédées d'une notice par Remy de Gourmont, Collection Varia curiosa, Bibliothèque internationale d'édition, E. Sansot et Cie, 53, rue Saint-André-des-Arts, Paris, 1905. 2° Recensement des exemplaires (« Il a été tiré de cet ouvrage 6 exemplaires sur papier de chine numérotés de 1 à 6 ; 12 exemplaires sur papier de hollande Van Gelder Zoonen, numérotés de 7 a 18 ; 12 exemplaires sur japon français pelure d'orange et vert mousse, numérotés de 19 à 30, 380 exemplaires sur papier teinté numérotés de 31 à 410 et 20 exemplaires hors commerce avec un bois par MAX ELSKAMP ») : n° 199 (Coutances) Echos
TexteAVANT-PROPOS Les éditions d'Ausone, surtout les primitives, semblent l'image même de cet esprit incertain. Celle que Philippe Junte donna en 1517, à Florence, entremêle dans un inquiétant fouillis les vers pieux du poète et ses légères et même obscènes épigrammes. Voici au recto du feuillet seizième une édifiante série de Versus Paschales et en face une rêverie ambiguë In Puerum formosum, celle même dont semble s'être souvenu Théophile Gautier dans son Contralto des Émaux et Camées. Les vers édifiants disent : Sancta salutiferi redeunt solemnia Christi Les vers ambigus psalmodient ce répons : Cum dubitat natura marem faceret ne puellum, (Tout homme dit : c'est Aphrodite ; Sexe douteux, grâce certaine, Ausone est un poète curieux de tout, mais surtout en imagination. Hanté de visions charnelles, et même de celles qui sont sans beauté, il s'en débarrasse en les écrivant et en les envoyant à ses amis. On connaît son mot si souvent cité : Lasciva est nobis pagina, vita proba ; c'est à son disciple Paulin, évêque de Nole, qu'il soumet cette excuse, en même temps qu'il lui inflige, non sans rougir, son effroyable Cento Nuptialis où les hémistiches innocents du chaste Virgile sont inclinés à conter des choses qu'il n'est pas d'usage de confier à des évêques. Paulin, cependant, cultivant sa sainteté, répondait avec une discrétion toute ecclésiastique. Decimus Magnus Ausonius, dont la vie emplit tout le IVe siècle, était un vrai gallo-romain, petit-fils d'une Romaine et d'un noble Gaulois, originaire d'Autun, ou du pays des Eduens. Né à Bordeaux, il y revint mourir. Il était rhéteur, c'est-à-dire qu'il enseignait les belles-lettres, l'éloquence et la poésie. Sa réputation de professeur était très grande ; cela fit que l'empereur Valentinien l'appela à Trêves et lui confia l'éducation de son fils Gratien. De là des honneurs qui ne semblent pas avoir enivré le poète plus que de raison. Questeur, préfet des Gaules, de l'Italie, de l'Afrique, consul, Ausone ne cessa de songer à sa ville natale. A la mort de Gratien (383), il résigna ses fonctions et revint achever son siècle, à Bordeaux, en cultivant la poésie et la cuisine. La critique moderne lui a enlevé la paternité de la plus jolie des pièces qui lui étaient reconnues, les Roses. C'est dommage. Il lui reste la Moselle, où il y a de bien jolies descriptions de poissons et de délicieux paysages. Ce petit poème est lumineux et transparent comme le fleuve lui-même sur lequel il voyagea pendant son séjour à Trêves : Spectaris vitreo per levia terga profundo, D'autres morceaux sont agréables dans son œuvre modeste ; beaucoup sont simplement biscornus, témoignant d'une ingéniosité excessive en même temps que naïve. La gloire d'Ausone a beaucoup diminué, disent les scoliastes du jour, depuis la Renaissance. Je ne sais où se détermine le degré de gloire des poètes latins : il est en tout cas évident qu'Ausone est encore un de ceux qui inspirent quelque curiosité. On, s'est souvent demandé et on se demande encore : Ausone était-il chrétien ? On a même rédigé sur cette question des volumes entiers, qui ajoutent peu de chose aux remarques de Bayle. Pour moi le christianisme d'Ausone, au moins officiel et de façade, est hors de doute. Croit-on en effet que Valentinien, catholique avéré, protecteur du pape Damase, eût remis son fils, futur empereur, aux mains d'un mécréant ? A partir de Jovien, l'empire est redevenu chrétien ; un fonctionnaire doit être chrétien, avouer la religion de l'Etat. Pendant le court règne de Julien, c'était le contraire nécessairement et ce fut même à cause de ses opinions religieuses que Valentinien fut alors mis en disgrâce. S'il s'agit des sentiments intimes, le problème, d'importance d'ailleurs assez médiocre, est plus difficile à résoudre. Ausone, en ses poésies pieuses, manque de ferveur et même de conviction. Ces choses l'intéressent peu. Comme rhéteur et comme poète, il aime les dieux, mais il n'y croit pas. Croyait-il au Christ ? Un peu plus, peut-être. D'ailleurs si Julien avait vécu, il se fût accommodé des Dieux. En ce siècle, le quatrième, l'état d'esprit des lettrés semble avoir été le scepticisme religieux. Claudien ignore le christianisme, ne s'intéresse qu'à l'histoire et à la mythologie traditionnelle. Il n'y avait pas encore de milieu possible entre la poésie classique, issue de Virgile et d'Ovide, et la poésie chrétienne, venue des psaumes. Il fallait choisir : se montrer dévot ou lettré. Claudien choisit d'être lettré. Ausone n'osa choisir : il fut alternativement l'un et l'autre. C'est pourquoi son petit livre incohérent donne un grand spectacle : une poésie finit, une autre commence. REMY DE GOURMONT. |