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Floréal, hebdomadaire illustré du monde du travail |
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![]() LES JOURNAUX Un humaniste : Philéas Lebesgue (La Dépêche de Toulouse, 1er août ; La République de l'Oise, 24 juillet). Une enquête sur l'Amitié (L'Avenir, 23 août). Progrès et bonheur : une page inédite de Remy de Gourmont (Floréal, 15 juillet). [...] Voici encore une autre enquête interrompue par la guerre et que reprend Floréal : « Les progrès scientifiques ont-ils profondément, essentiellement amélioré la vie individuelle et sociale de l'homme ? » Telle est la question que Floréal posait en juillet 1914, à quelques écrivains, « sans pressentir le moins du monde l'ironique opportunité d'une telle enquête ». La réponse de M. G. de Pawlowski est datée du 1er août 1914 : Mon cher Confrère, Permettez-moi d'ajourner ma réponse à votre intéressante enquête sur les relations possibles du progrès scientifique et du bonheur de nos contemporains, je ne pourrai vous répondre qu'après expérience faite. Veuillez agréer, et ... G. DE PAWLOWSKI. Remy de Gourmont répondait par ce petit billet qu'il est émouvant de lire aujourd'hui : Les deux idées sont assez intimement liées, car si le progrès n'avait augmenté le bonheur, il ne serait qu'une idée, sinon négative, du moins neutre ; mais comment savoir si un homme donné est plus heureux aujourd'hui qu'il y a un millier d'années ? Nous voyons bien qu'il y a de bonnes raisons pour que cela soit, mais cela est-il ? « La difficulté de peser le bonheur, dit Jean Finot, a fait reculer les philosophes. » Le bonheur est, en effet, tout ce qu'il y a de plus subjectif, de plus individuel. Le raisonnement ne le détermine pas. « Vous avez tout ce qu'il faut pour être heureux, dit-on parfois à tel être qui se plaint de la vie, que vous manque-t-il donc ? Vous n'êtes pas raisonnable. » On n'est pas heureux, parce que l'on devrait être heureux et on l'est quelquefois dans des états qui ne semblent pas comporter le bonheur. Il y a là quelque chose d'indéfinissable. La question n'est pas soluble. Tout ce que l'on peut dire de sensé, c'est qu'il paraît bien, au point de vue de l'observation, que les conditions dans lesquelles il semble que le bonheur puisse être atteint, se sont beaucoup améliorées au cours des siècles ; mais l'homme est insatiable, il attend toujours des conditions plus belles encore, les présentes ne lui suffisent pas. Il en est de même de l'idée de progrès. Ce qu'il escompte de l'avenir l'empêche de jouir du présent. Il ne voudrait pas être ramené en arrière, mais il voudrait bien être conduit en avant. On s'habitue au nouveau et on désire sans cesse du nouveau. II y a là deux états d'esprit qui se contredisent et font que progrès et bonheur ne sont que des mots sans contenu réel : notre imagination les remplit selon notre tempérament fondamental. REMY DE GOURMONT. R. DE BURY (Mercure de France, 15 septembre 1922, pp. 797-798) |