Ernest Gaubert : Louis Bertrand, 449
Stuart Merrill : Il pleut sur la ville, poésie, 468
André Rouveyre : Visages : CII. Louis de Fourcaud, 471
Paul Louis : Réflexions sur la crise Balkanique, 472
Jules de Gaultier : Le Génie de Flaubert (fin), 490
Fritz-R. Vanderpyl et Guy-Charles Cros : Réflexions sur les dernières tendances picturales, 527
Jean Bouchot : L'Ecole Nationale aérostatique de Meudon sous la Première République, 542
Henry James (Auguste Monod trad.) : La Conquête de Londres, roman (VI-X, fin), 549

REVUE DE LA QUINZAINE

Remy de Gourmont : Epilogues : XIXe Lettre à l'Amazone, 594
Georges Duhamel : Les Poèmes, 596
Rachilde : Les Romans, 601
Jean de Gourmont : Littérature, 606
Edmond Barthèlemy : Histoire, 611
Georges Palante : Philosophie, 618
Georges Bohn : Le Mouvement scientifique, 623
Charles Merki : Archéologie. Voyages, 627
Charles-Henry Hirsch : Les Revues, 633
R. de Bury : Les Journaux, 642
Gustave Kahn : Art, 646
Georges Eekhoud :Chronique de Bruxelles, 649
Henri Albert : Lettres allemandes : 652
Henry D. Davray : Lettres anglaises, 657
Marcel Robin : Lettres espagnoles, 661
Mercure

Publications récentes, 665
Echos, 668

[Vincent Gogibu]


621

PHILOSOPHIE

[...] Jean de Gourmont : L'Art et la Morale, I broch., in-8, Mercure de France.— Georges Palante : Les Antinomies entre l'individu et la société, I vol. in-8, 5 fr., Alcan.

[...] — Après cette kyrielle de moralistes dogmatiques, apocalyptiques, sociologistes, rationalistes, etc., j'éprouve une impression de rafraîchissement et de réconfort en abordant la brochure de M. Jean de Gourmont. : L'Art et la Morale, qui nous fait entendre une toute autre note. M. J. de Gourmont nous y explique à merveille le mécanisme physiologique de l'illusion moralistique identique au fond à l'illusion religieuse.

Pourquoi les moralistes pullulent-ils ? Pourquoi la race en est-elle impérissable ? Cela tient à ce que l'immense majorité des hommes n'a pas dépassé et n'est pas appelée à dépasser le stade d'évolution mentale qui a pour substratum matériel une organisation cérébrale très pauvre en dendrites et en fibres d'association, état caractérisé par l'hallucination collective, la magie, la religiosité, la mythomanie... Les esprits primitifs ne voient pas la réalité ; ils projettent sur les choses leur mirage intérieur qui n'est autre que le mirage collectif de la tribu. « Leur cerveau, appareil photographique, n'est pas au point et tous leurs clichés sont voilés de rêve. Pas encore dissociés du groupe (unanimistes !), ils n'ont qu'une conscience collective ; aveugles intellectuels, ils tâtonnent, cherchent des points d'appui et de repère et tentent une classification de leurs incertaines sensations. De là les tabous, les totem, les idoles, les dieux et Dieu. » Les morales sont un hypnotisme social. Les moralistes sont les magiciens, les griots de notre moderne civilisation. A la morale s'oppose l'art qui correspond à une physiologie plus évoluée. Par l'art, il faut entendre ici non seulement la poésie, la peinture, la sculpture, etc., mais l'activité contemplative, l'esprit critique, l'esprit scientifique. L'art est le grand libérateur ; libérateur de l'hallucination collective, de La morale, conservatrice de la vie. L'art est individualiste, athée et immoraliste. Ces vues sont d'une rare clairvoyance. Les moralistes sont des « sociaux ». L'individualiste est, par essence, immoraliste et athée. D'une part, religiosité sociale ; d'antre part, athéisme religieux et social, ainsi se pose le dilemme. Pour ma part, mon choix est fait. J'ai opté pour l'athéisme social. Cet athéisme, je l'ai exprimé, depuis une quinzaine d'années, dans une série d'ouvrages dont le dernier. Les Antinomies entre l'individu et la société, est une thèse de doctorat refusée en Sorbonne [...]

Georges Palante.