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Julien Leclercq |
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[...] Parlons de Théodat, par Remy de Gourmont, qui est l'auteur de l'un des vingt ou trente bons romans écrits depuis Flaubert. La conception de ce drame était originale, et puissante. Un prêtre du VIIIe siècle, élevé à l'épiscopat, doit renoncer à l'épouse par obéissance aux conciles. Maximienne fuit, le monastère où elle devrait achever son âge, et, dans la fidélité de son amour, devenu coupable malgré sa légitimité, elle vient troubler Théodat dans son désir d'obéissance, le tente, et il succombe. Les intentions de Remy de Gourmont apparaissent clairement pour qui pénètre les secrets de la genèse d'une œuvre ; malheureusement, il n'a presque rien exprimé de ce qu'il avait à dire. Je devine que le drame existe dans le renoncement à la chair, renoncement d'autant plus terrible que l'épouse obligatoirement délaissée a toutes les grâces de l'épouse fidèle, qu'elle a en son pouvoir des armes légitimes forgées des mains mêmes de Théodat, qu'elle est le séduisant souvenir de plaisirs connus ; je devine toutes ces choses, qui font de la tentation de Théodat une tentation autrement humaine et douloureuse que celle de Saint-Antoine, mais Remy de Gourmont nous a montré seulement d'une façon explicite un prêtre tenté par la chair qui, sous le masque de Maximienne, arrive et déploie ses moyens de séduction purement sataniques. Maximienne a le rire malin, l'attitude frivole, et il était nécessaire, puisque Dieu était acteur, qu'on vit le Diable, mais ce n'était pas là tout le drame. Aussi la scène d'exposition entre Théodat et ses clercs, scène où le caractère un peu sec de ce prélat de temps encore barbares était éloquemment indiqué, est-elle bien supérieure à la scène de la tentation et de la chute ; le caractère de Maximienne est équivoque. Lugné-Poë est un acteur extrêmement intelligent, qui a rempli comme il convenait le rôle de Théodat, et, si Mlle Georgette Camée a étonné par sa malice, c'est que tels étaient les désirs de l'auteur. [...] Encouragements aux uns, félicitations aux autres : à Mlle Page, une jolie débutante, et à MM. R. Lagrange, H. Durtal, Baudouin, Château, Geo. Ragot, Donnet, A. Girault, A. Félix, qui a joué avec une admirable santé un frère portier dans Théodat et l'Echo du Concile féerique. « Théâtre d'Art : La Geste du Roy. Les Aveugles. Le Concile féerique. Théodat. Le Cantique des Cantiques. », Mercure de France, janvier 1892, pp. 83-87 |