Francis Vareddes.

Quand Francis Vareddes mourut, il était directeur d'une maison d'impression et de publicité. Je l'ai connu employé des pompes funèbres, artiste dramatique, chansonnier. Il a signé des revues, des dessins. Il fut écrivain s'il n'a pas été homme de lettres.

A travers tant d'aspects divers, il garda l'accent d'un humoriste. Son sourire de coin, la malice de ses yeux, sa voix aux inflexions candides mais moqueuses, disaient son humour. Et, de l'humour, il en mit dans sa vie comme il en mettait dans ses contes.

L'humoriste pourtant s'effaça, en une occasion. Non pas lors de la guerre, que Francis Vareddes, engagé volontaire, fit avec une curiosité pleine d'humour, précisément, mais après : il y avait des tuberculeux de guerre, Francis Vareddes était de ceux-là, il créa dans la presse une rubrique pour leur défense. Il les servit avec tout son cœur, — car un cœur bon, tendre l'habitait. Peut-être a-t-il sauvé des malades. Lui a succombé. Et je puis dire que c'est un martyr qui nous a quitté. Son agonie fut longue et affreuse.

L'écrivain laisse une œuvre dont la plus importante est inédite : L'Adultère impromptu, un roman dialogué. Inédite aussi la pièce qu'il tira d'un roman de Gabriel Arbouin : La Bête blonde. Ensemble nous avons publié le « roman de la vie souterraine » qui a pour cadre le Nord-Sud, le Métropolitain : Des Dames, des drames et des rames. On sait de lui des notes prises au pays du front qui sont très belles et avec mesure. Et maints contes, maintes pièces en un ou deux actes dont le plus remarquable est moins la fantaisie, quoique séduisante, que la langue. Francis Vareddes écrivait un français châtié, un français très classique. Son humour vagabond, il lui assignait un cadre limité. Ainsi tout était ou cocasse ou précis dans sa personne. Barbe d'oncle Sam ou visage imberbe de Tommy, je le vois qui pince les lèvres mais qui ouvre son cœur.

Gaston PICARD.

(L'Ami du lettré. Année littéraire & artistique pour 1928, Grasset, 1928, pp. 178-179)