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A cette époque [vers 1887] encore, à Geffosses, petite plage à quelques lieues de Coutances, vierge alors de toutes constructions, villas ou cabanes et qui était en vérité comme le fief de notre famille. Rien que des dunes, montagnes de sable d'or, et la mer, aux couleurs changeantes comme les yeux d'une femme. Là, sautant par-dessus les vagues, Remy se baignait et s'étendait sur le sable, au soleil. La vie de la mer le passionnait : vêtu de molleton blanc, comme les pêcheurs du pays qu'il accompagnait volontiers dans leurs expéditions, il partait volontiers avant le lever du soleil à la pêche des crevettes, des images et des sensations (J. de Gourmont, Souvenirs sur Remy). |
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Geffosses, Dimanche 11 septembre, 4h. Couché dans le sable, dans les dunes, à l'abri du vent. Par une échancrure, je vois la mer glauque sous le ciel, sous le ciel laiteux ; à l'horizon, après une bande sombre, Jersey se détache dans un bleu de brume. Le sable chauffé par une journée de soleil me brûle et m'amollit ; il y a comme des baisers dans l'air, et les vains désirs se fondent en une tristesse. Le halètement sourd du reflux engourdit la pensée, de même que les effluves salines aiguisent les sens. L'hallucination vient : Tu surgirais tout d'un coup d'entre les grandes herbes des dunes que je n'en serais pas étonné. C'est aussi que j'ai beaucoup vécu avec toi aujourd'hui. Je fus à la messe ce matin, il y avait de l'orgue et toute notre vie dans les églises a surgi devant moi, depuis ce vendredi du Stabat jusqu'au jour des jacynthes. Le creux de sable où je suis étendu se peuple de ta forme ; tu sors de l'eau ruisselante, étincelante au soleil, comme Astarté, ou tu t'allonges sur la dune, le vent couvrant de sable menu ta peau ivoirée. Mes sens s'irritent ; d'ailleurs, je suis un peu énervé ; je dors fort mal, passant tous mes rêves avec toi, ce qui n'est pas calmant du tout. Cette solitude de la mer est terrible ; en deux heures on est las d'esprit, sans autre lucidité que des sensations lancinantes ; toute l'âme est chair. Ceux qui trouvent que ça élève l'âme à Dieu n'ont pas le crâne fait comme moi ; à Trouville, peut-être, à cause du casino, mais pas à Geffosses, où je suis la seule nature respirante, en face du flot bleu. C'est vers toi qu'en un désir fou elle va, affamée de baisers. Oh ! ce creux dans les dunes, encore un endroit où j'ai semé un des petits cailloux blancs, que j'ai emportés,comme le Petit-Poucet, pour retrouver le chemin de mes désirs. [...] Voilà des cockneys qui arrivent et des femmes d'une esthétique médiocre vont apparaître dépouillées de leur corset (il n'est pas donné à tous d'avoir une femme avec laquelle on peut railler le corset), spectacle d'un intérêt très ordinaire. Je me vautre vêtu de molleton blanc ; j'en apporterai la vareuse qui avec un liseré rouge ou bleu ne lui déplaira peut-être pas comme vêture pour la maison. Le soleil baisse, le vent devient frais et cela m'apaise. Je n'ai pas pris de bain, ne voulant pas aggraver un léger mal de gorge. Puis la mer est loin, très basse et je manque un peu d'entrain. A nous deux nous y serions si bien. Ceci est un rêve très réalisable ; sinon à Geffosses. Il n'y a pas des tantes sur toutes les plages de France (Lettres à Sixtine).
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