« Sur quelques amis de Saint-Pol-Roux : un écrivain, un peintre, un musicien », Cahiers de l'Iroise, n°4, « En Bretagne avec André Gide et Saint-Pol-Roux », oct.-décembre 1970, p. 205

Alexis Tarquis rapporte une visite que fit le Magnifique, dans le premier semestre 1925, au peintre Filiger qui résidait alors à Plougastel :

A un moment, sans un mot, Filiger nous quitta, remonta à sa chambre.

Nous pensions qu'il ne reviendrait plus tant il tardait à redescendre. Le même martellement sur les marches nous redonna espoir et nous le revîmes portant à deux mains comme un Saint-Sacrement, un paquet enveloppé dans un vieux journal parcheminé. Le jetant sur la table il nous dit : « voyez... voyez ! » Saint-Pol-Roux découvrit ce trésor avec respect. Il y trouva une vingtaine de splendides lettres de Rémy de Gourmont à Filiger, lettres admirables et émouvantes écrites de sa petite écriture fine.

Comme nous commencions à les parcourir, Filiger d'un bond dit à Saint-Pol-Roux : « au fait emporte-les, tu auras plus de temps chez toi de les lire ».

Saint-Pol-Roux qui s'était rendu à Paris, quelques semaines après notre visite, pour assister à des manifestations et banquets offerts en son honneur et recevoir les hommages des surréalistes, pensa utile de les communiquer à Jean de Gourmont son frère, en vue de les faire paraître dans les Cahiers Gourmontiens.

Reçu rue des Saint-Pères, par Jean de Gourmont ravi, ce dernier les conserva définitivement.

J'avais recopié sur un cahier les dites lettres. Hélas ! le bombardement et le feu au siège de Brest le détruisirent.

La mort de Jean de Gourmont et celle de Filiger firent qu'elles ne furent jamais restituées.

[entoilage : Mikaël Lugan, avril 2005]